Livre – Process : An Improviser’s Journey

C’est l’histoire d’un livre sur l’impro : Process. An improviser’s journey. Un mélange de réalité et de fiction habilement mené par deux auteurs : Mary Scruggs et Michael J. Gellman. Sur la 4e de couv, on peut y lire : « Guide indispensable pour les enseignants, les étudiants et tous ceux intéressés par le processus créatif ». Puis : « Quiconque a Spolin, Sills, Close et Johnstone dans leur bibliothèque fera de la place pour ce livre ».

Ayé, tout est dit. Vous pouvez vous procurer le livre directement ici-même. Ou ailleurs. En attendant que votre commande arrive, Jacques & Loys vous invitent à lire les quelques lignes qui suivent.

 

 

 

Cet article nous est proposé par Sarah, une écrivaine en herbe, qui en place de sa biographie nous offre le poème suivant.

« Je n’ai pas peur de mon visage
Car je ne m’y reconnais pas.Je ne suis pas celui que je refuse.
Je ne suis pas l’autre que j’ai voulu.
Qui suis-je ? Quel autre ? Comment aurais-je su
Le devenir sans être anéanti ?  »
[Extrait du poème Sans avancer d’André Frénaud, dans Il n’y a pas de paradis.]

Merci à elle.
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C’est l’histoire d’un mec

Ce livre est écrit sous la forme d’une fiction, mais basée sur des faits réels.
Geoff, le narrateur, et tous les autres personnages sont « fictifs ». Tous, sauf l’enseignant, Michael J. Gellman, qui existe en chair et en os et qui a bel et bien mené les ateliers d’improvisation dont il est question tout au long du récit. C’est parti !

C’est donc l’histoire d’un mec qui fait de l’impro.

  • Qui ça ? Geoff Hart.
  • Où ça ? A Chicago.
  • Ses compagnons de route ? Marty et Kristin. Mais aussi Aaron, Emma, Chad et d’autres comédiens pros.
  • Leur défi ? Créer une pièce de théâtre de qualité, entièrement improvisée, en partant de rien.
  • Leur mentor ? Michael J. Gellman, enseignant et directeur déjà renommé du Second City Theater.
  • Le mentor du mentor ? Del Close. C’est lui qui a lancé à Gellman le défi que relève la troupe de Geoff.

Si vous ne savez pas qui est Del Close, voici sa fiche wikipédia et une vidéo

 

Après avoir suivi des études de théâtre in the Midwest, Geoff, 26 ans, débarque à Chicago. Son objectif ? Vivre de son métier de comédien. Viviarto quoi. Mais il se rend vite compte d’une chose : grâce à ses études, il sait comment examiner le théâtre, analyser le théâtre, débattre sur le théâtre… Mais au niveau du travail de l’acteur, de la pratique réelle, ce n’est pas encore ça : le véritable processus créatif et artistique du métier de comédien lui reste inconnu. Chicago lui semble le bon plan pour démarrer sa carrière, avant de tâter New York. Après quelques auditions, castings, réussites et refus (notamment le très prisé Second City National Touring Company), il tente sa chance chez Michael Gellman, qui recherche des comédiens pros pour une aventure particulière.

Process.

Michael Gellman, ancien élève de Second City, acteur, metteur en scène et actuellement enseignant au Second City Training Center Conservatory, recherche des acteurs expérimentés pour une série d’ateliers gratuits destinés à explorer les techniques d’improvisation long-form et les manières dont ces techniques peuvent être utilisées pour créer des pièces entièrement improvisées.

Geoff passe l’audition, il est pris. Son coloc Marty aussi. L’aventure peut commencer. Rendez-vous au Second City Theater tous les dimanches matin pendant quelques mois.

C’est l’histoire d’une fiction

Tout au long du livre, nous suivons ainsi les pérégrinations improvisées de Geoff et de ses petits camarades sur la route à la fois douce et tortueuse de l’impro.

A travers les ressentis et interrogations du narrateur, on retrouve les joies et les difficultés du jeu improvisé. Le plaisir et l’agacement, la fluidité, les hésitations, l’enthousiasme et les résistances. L’apaisement, l’impatience, la satisfaction, les jugements, les frustrations et le ravissement. Pouf, rien que ça. Et tout ce qu’un improvisateur peut ressentir aussi bien sur scène que dans son travail quotidien.

Les dialogues entre Geoff, Kristin et toute la bande nous aident à mieux comprendre ce qui fonctionne bien ou non, tout en nous incitant à expérimenter par nous-mêmes.

A travers les explications de Gellman, le lecteur est directement plongé dans la marmite de l’improvisation. On y retrouve les principes que l’on oublie souvent. Les basiques que l’on dénigre parfois. Les pièges qui nous permettent d’avancer quand on les reconnait. On y retrouve enfin le processus créatif intime et infini de découvertes, de tâtonnements, d’expérimentations inhérent à l’improvisation et à la vie elle-même.

Instant Précision

Voici un petit avant-goût des « basiques » mis à l’honneur dans le livre :

  • L’exercice « Give and Take » ? Tous les participants sur scène, une personne doit se mouvoir dans l’espace. Une seule à la fois. Et il doit toujours y avoir une personne en mouvement.
    Des conseils ? Focus sur la personne qui bouge. Prendre son temps. Ne rien précipiter. Rester ouvert à l’autre, à la situation. Utiliser toute la scène. On se met en mouvement lorsque l’on sent que l’autre personne a besoin que l’on bouge. Ecouter avec tout son corps. Ecouter avec tous ses sens. Sentir une connexion avec la personne : signe que c’est à nous de nous déplacer, ou de s’arrêter.
    Des découvertes ? Sensation de se laisser porter tous ensemble par le courant d’un fleuve.
  • Quelques règles sur le dialogue ? En vrac : privilégier les observations plutôt que des questions, rester dans l’instant présent sans chercher à créer une histoire, accepter l’offre de son partenaire et construire dessus (ou en deux mots trois petits points : le « Yes, and… »), éviter de dicter à l’autre quoi faire, ajuster la posture du corps plutôt que dire ce que l’on est en train de faire etc.
  • Mais pourquoi encore des règles ? En fait, nos échanges avec autrui, aussi bien dans la vie que sur scène, sont déterminés en grande partie par nos comportements, et non pas par ce que l’on se dit. Un grognement peut en dire bien plus qu’un discours poétique (Le Spleen de Baudelaire ? Rien que du verbiage comparé à un « Gneuh » bien placé). Un haussement d’épaule peut être bien plus révélateur qu’un trait d’esprit. Suivre ces règles permet de ne pas se perdre dans des dialogues qui n’aboutissent pas. Elles permettent d’explorer, d’affiner et d’intensifier la relation entre les personnages au lieu de chercher à être drôle. Et donc de pouvoir faire avancer la scène improvisée.
  • Les découvertes ? Oui, oui, oui, encore des découvertes ! C’est ce qui importe le plus à Gellman. Toujours se demander, à soi-même, à ses élèves, à ses collègues, à ses inconnus : qu’avez-vous découvert ? En essayant de sentir le plus finement, le plus précisément possible ces découvertes, leurs spécificités. Que ce soit après un simple exercice d’échauffement (le « Give and take » par exemple), un solo mimé dans une cuisine ou une scène d’impro à 4 laborieuse, demandez-vous sans cesse : quelles sont les découvertes que je viens de faire ? Vous y gagnerez…en découvertes. Ça ne peut être qu’une bonne chose.

Instant Perplexité

Je me permets d’introduire ici quelques réserves personnelles sur le récit : son côté parfois un peu « artificiel » m’a un peu gêné. Le côté un peu trop cousu, trop fabriqué pour arriver à caser tel principe ou tel autre. Les personnages sont un peu caricaturaux. Les dialogues un peu trop arrangés pour faire passer le message. Tout a l’air un peu trop simple, cadré.

On lit bien le côté expérimentations, découvertes, apprentissage permanent que veut créer Gellman, et qui est difficile. Mais on ne le ressent pas forcément à la lecture : le récit, sa structure, le dialogue intérieur de Geoff, les échanges entre les comédiens… Tout a l’air bien cadré, on manque parfois un peu d’espace. Cela permet certes d’avoir un récit clair et pratique à lire. Mais ce côté un peu trop bien ficelé agace une partie de moi.

Un peu comme une impro trop peu improvisée. Une impro où les comédiens nous mènent tellement bien par le bout du nez, si bien qu’après le spectacle, on se sent un peu floué, nostalgique d’une spontanéité reniée. Mais on y retourne quand même parce qu’on passe un bon moment. Et on relit le livre, parce qu’il est très enrichissant et se lit bien.

Instant Pelliculage et adieux

Dernier élément essentiel à la présentation de cet ouvrage : son pelliculage ! La couverture est toute douce, une sorte de toucher velours qui rend la prise en main très agréable. Rien que pour son pelliculage, ça vaut le coup de le lire.

Et pour finir, le fragment qui détend, en version original :

All of you, you are not responsible for the product. Only the process.
Improvise moment to moment, and the play will take care of itself.
Acta est fabula.

Bonne route,
Sarah

PS : Bonne nouvelle, ce livre n’a pas encore été traduit en français ! Vous aurez ainsi la chance de découvrir les beautés cachées de l’anglais américain, grâce à des expressions riches et épurées.*

For instance : to be choppy, a dopplegänger, to go after fool’s gold ;

Ou bien : to break character, to fall flat, to hit one out of the ballpark;

Et mes préférées : a puffy dandedion, to lift the scene up out of pettiness, like a stalking cat.

Etc.

(*Note de bas de page indispensable : En fait elles ne sont ni riches, ni épurées, mais je trouve que la formule sonne bien. Et prête à discussion : une expression peut-elle être à la fois riche et épurée ? (La réponse est « oui bien sûr ! » déclamée après un argumentaire logique implacable). Qu’est-ce qu’une expression épurée ? Peut-on vraiment parler de pureté dans le cas présent ? Dans quelle mesure la pureté peut-elle être source de désespoir ? Et autres questions essentielles à toute vie humaine.)

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